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QUID DE LA POESIE



LE NOUVEAU LIVRE D'ALAIN MOREAU "ELOGE DE LA VIEILLESSE" VIENT DE PARAITRE AUX EDITIONS BIBLIOPHANE: en vente dans les fnacs et les bonnes librairies de Paris!


Pour que vos préjugés prennent une bonne claque, voici une citation qui illustre l'esprit du livre: "Grand âge, vous mentiez, route de braise et non de cendres (Saint John Perse)

et cette belle citation de Jean Cocteau: "on met toute une vie à être jeune"









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D'emblée, l'auteur nous prend à rebrousse-poil: vieillir peut-être un enrichissement, on peut se bonifier avec l'âge. Et de nous inviter à relire Ciceron ou Montaigne, à écouter les poètes, à aller faire un tour en Afrique, en Chine ou chez les Pères de l'Eglise: c'est une universelle louange qui est portée à ce "certain âge". Et pas seulement à cause de sa "sagesse" traditionnellement reconnue, mais pour l'ensemble de ses vertus: affinement de la sensiblité, approfondissement des connaissances, accomplissement de son idéal de vie". Au point que Michel Foucault nous dit que l'on doit vivre en vue de la vieillesse. Arrivé au seuil de ce "certain âge", Alain Moreau nous fait part de ses impressions et de ces reflexions sur ces notions mouvantes liées à l'âge de nos vies. Car nous avons bien plusieurs vies: sexuelles, familiales, professionnelle, politique, culturelle. Et chacune de ces vies passe elle-même par tous les âges. Freud ne parle-t-il pas des quatre "ages" de la sexualité enfantine ? N'est-on pas un "grand" à la fin de la petite école pour redevenir un "pzetit" au début de la grande? Ne disait-on pas autrefois qu'on "enterrait sa vie de garçon" pour ressuciter "jeune marié"? L'ouvrage recèle ainsi un grand nombre d'illustrations concrètes puisées dans la littérature, l'histoire ou dans l'expérience vécue de l'auteur. Véritable hymne à ce qu'on appelle "un certain âge", ce livre nous délivre un message. Affranchie des necessités de la vie, des contraintes de la production et de la reproduction, la vieillesse est eminemment le temps de la liberté. Alors oui, pour peu que nous continuions à faire fonctionner nos neuronnes, vieillir peut et doit être une joie!





UN ARTICLE PERCUTANT SUR LA PLACE DE LA POESIE DANS NOTRE SOCIETE par Alain Moreau

QUID DE LA POESIE ?


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On ne parle guère de poésie dans Medium. Est-ce parce qu’elle s’est retirée du monde, «en ces temps de détresse » (Holderlin cité par Heidegger), après les dieux dont elle était chargée de garder la trace ? Est-elle un medium ? Pourtant oui, par excellence !
Et au double sens du mot. Corps subtil, corps éthéré, elle transmet. Met en relation - captant l’électricité de l’air - l’ombre et la lumière, le rêve et la réalité, la vie et la mort, entre chien et loup. En elle, le message est consubstantiellement le medium. Mais si elle a besoin de créateurs, elle a besoin aussi, comme toute œuvre, de gardiens . Cela se transmet-il ? En tout cas, ici comme ailleurs, la clé de la transmission semble s’être perdue.
La poésie s’est retirée, comme les dieux. Comme tout art. En ces temps d’insignifiance où plus rien ne peut plus être signifié (entendre comme le feu - ignis - de la signification) que cette insignifiance même.
En ces temps où l’on ne parle que de « passeur », de « mémoire », plus rien ne passe justement, plus rien n’ad-vient d’un passé qui serait tant soit peu mémorial. Au point même que cette réserve de la ressource même de garder – comme on garde un souvenir – a disparu.
Or le poème éternellement se garde, « dans la réserve d’un oubli/ gîtant ». Cela, c’est le poète Aimé Césaire qui le dit, sans doute parce qu’il fut gardien aussi d’une autre détresse, d’une autre douleur, celle de l’esclave et celle du colonisé : « ceux qu’on inocula d’abâtardissement ». Nous y sommes, dans ces temps de bâtardise. On peut dire que ce qui a repris à son compte la poésie, c’est la pub ! Fils de pub, comme écrivait Ségala, nous le sommes tous.
La publicité, dans sa ressource, est très poétique ! elle utilise à fond les ressources de l’évocation, de la connotation, des jeux sur les mots. Et parfois, même, elle est belle ! Le malheur, c’est que tout cela – cette « finalité sans fin » - est rabattu sur la finalité intéressée du commerce profitable. Ainsi devient-elle, à son tour, utile. Elle entre dans le registre de l’utilitaire, de la technique, elle à qui le philosophe assignait la tâche d’être le « berger de l’être » ! Descente en vrille, crach landing ! Ses ailes de géant ne l’empêchent plus de marcher, au contraire, elle court ! Elle n’a plus d’ailes.

« Le poète ne rêve pas, il compte » (Cocteau). Mais nous ne savons plus compter. Non plus. Compter du verbe, dans le temps de l’élocution, c’est ralentir le temps, le courber sur lui-même.
Le poème ne vole pas, il marche. Pieds. Mètre. « Je vous laisse à vos buts ; le mien c’est la manière dont je pose mes pas ».
Or transmettre, ne suppose-t-il pas cela aussi : arrêter le flux du temps. S’instituer dans le présent, condition pour que le passé fasse ad-venir. Un avenir qui ne soit pas quelconque, qui ne soit pas la répétition du présent. Tout cela supposerait que quelque part, il y est.
Au-delà - ou en-deçà - du brouhaha du faire et de l’effervescence du paraître. Quelque chose soit. Dans la solidité. Ce qu’est justement l’œuvre d’art pour notre philosophe. De la solidité. Ce qui nous manque tant. Et qui, probablement, a à voir avec ce que nous avons perdu tout autant : la mort. « La mort vécue, la mort visible » (Eluard).

Voilà. Juste ce petit rappel. Comme une piqûre. Pour dire que le retrait de la poésie - seul des arts, notons-le, les autres bénéficiant de tous les subterfuges des produits d’appel, produits dérivés, interprétations, effets de spectacle – est un symptôme que l’obscurcissement de notre monde n’est pas fini.
Et précisons que cela n’est pas local, comme on se plaît à le dire. C’est de partout. Car le monde qui se construit à Shanghai et à Bangladore est celui-là même qui brille et sévit à New-York, Tokyo, Berlin ou Paris."

Article d'Alain Moreau (poète et essayiste), in revue "MEDIUM" dirigée par le philosophe Regis Debray.

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